Schwedt sur Oder
Ce fut la journée de l’Oder.
L’hôte m’avait encouragé à passer par la campagne, l’hôtesse de prendre les rives de l’Oder.
Je quitte la maison sans avoir véritablement décidé qu’elle route empruntée, mais 100 mètres plus loin , je lis sur un panneau directionnel que la version par la rive est plus courte de trois kms. Peut être que dans 15 jours 10% de distance en plus ne me fera ni chaud ni froid, mais ce stade du parcours je choisis les trente kms.
Et franchement, je ne regrette rien.
Tout d’abord ,les plus anciens se souviennent ils que la frontière formée par l’Oder associé à la rivière Neisse marquait la volonté de Staline de repousser la frontière ouest de la Pologne et de détacher Stettin de l’Allemagne. Un des sous produits de Yalta, mais en sommes nous si loin?
Il faut aussi remarquer que cette partie de l’Europe manque cruellement de frontières naturelles sauf à utiliser les fleuves ou rivières à cet effet.
Donc à l’Est la province polonaise de Poméranie occidentale, à l’Ouest le Brandebourg allemand, le tout d’une grande platitude où le fleuve peine à marquer son lit. Cela forme une immense plaine au sol largement composé de sable amendé par des siècles de végétalisation comme nous en avons l’exemple avec les Landes.
Et ici aussi des dunes se sont formées sous l’effet du vent, accordant au paysage un minimum de relief.
Et donc j’ai longé le fleuve. En fait plus ou moins en fonction de la proximité des dunes , ce qui conduisait le chemin en forêt ou si celles ci étaient plus loin, je traversais alors une zone polderisée , juché sur une digue tentant de canaliser les envies d’errance du fleuve. Dans un cas ou dans l’autre loin de la civilisation.
L’hôtesse m’en avait un argument pour me convaincre de choisir cette version, j’ai pu admirer toutes sortes d’oiseaux aquatiques des connus ( de moi ) de très nombreuses oies, canards , grues, cygnes et d’autres…moins connus de moi.
Dans la partie forestière, n’ayant aperçu aucun animal, je ne suis concentré sur les arbres. Les tons cuivrés des troncs des grands pins , les aiguilles printanières des mélèzes, d’un vert tendre à souhait et dans les parties plus humides des bouleaux bien blancs.
Ce fut mon spectacle pendant vingt kms environ. Je n’avais vu aucun bateau, mais le balisage permettait de penser qu’un trafic était possible, en dépit des berges mouvantes et incertaines.
Puis je découvris le débouché d’un canal latéral, lui complètement en Allemagne.
A l’occasion du franchissement du canal, j’entame la conversation avec des cyclotouristes qui venaient en sens inverse. Nous échangeons sur nos différentes expériences et ils m’offrent du chocolat. Sympas les cyclistes allemandes.
Chacun repart vers son destin.
Et moi je me retrouve sur la digue avec à ma droite le canal qui tout d’un coup m’offre le spectacle d’un trafic actif, deux péniches dont l’une pouvait charger 1050 tonnes et deux bateaux de plaisance.
Sur ma gauche, le fleuve n’est plus qu’une immense roselière de probablement un ou deux kilomètres de large.
Mais c’est à partir de là que la progression a commencé à être un peu plus difficile, pas tant pour les jambes que pour les épaules et les reins, le sac y appuyant fortement et donc j’ai sollicité les bancs de rencontres.
Me restait plus qu’à trouver un hébergement. Pour votre complète information Schwedt possède sur son territoire un considérable usine de pâte à papier ainsi qu’un très belle raffinerie. La transformation des immeubles de l’époque Honecker en constructions visuellement acceptables a été réalisée .
Ceci dit , je mets en quête d’une chambre. Sur le trottoir j’avise une dame bien sous tous rapports et lui pose la question.
Pas de chance elle ne parle pas anglais, je lui sort mon trésor linguistique : zimmer ou éventuellement bett. Compte tenu de mes grands talents, elle me réponds : hôtel ou comme je fait un peu la moue elle continue avec: pension. Comme j’approuve cette proposition, elle m’indique de tourner au prochain feu à gauche.
Dès dans la rue , j’aperçois l’enseigne d’un hôtel, qui semble afficher deux étoiles. Ce n’est peut être pas le moment de faire la fine bouche.
Je me dirige vers la réception. J’exprime ma demande : 95€.
Je lui indique que je ne souhaite pas mettre autant, il me demande combien, je lui dit :moins . Et il me trouve une chambre single à 65€ ce qui me va bien.
Et cela me permet de faire ce compte rendu dans de bonnes conditions.