Chorin.
Aujourd’hui deux nouvelles: une bonne et un mauvaise.
La bonne, c’est que j’ai retrouvé le balisage du chemin. Par pur hasard et pas du tout où on me le promettait. Sur ma carte on m’indiquait le trouver à l’Ouest de Angermünde, à relative proximité du chemin de fer. Autant vous dire que j’ai scruté tous les supports susceptibles de recevoir une trace de balisage. Rien de rien.
J’ai poursuivi mon chemin dans la direction qui me paraissait la plus raisonnable , et la sortant de nulle part, j’ai trouvé ma coquille jaune sur fond bleu sur un poteau quasiment devant moi.
Mon sac ne s’en est pas allégé pour autant, mais ma tête peut être un peu.
Mais la mauvaise nouvelle , c’est que j’ai retrouvé le balisage du chemin avec ses mauvais côtés. La notion de voyage à pied a disparu, pour d’excellentes raisons de sécurité entre autres ou d’agrément. Pour éviter la raffinerie, il était proposé une étape de 33 kms où j’en est fait 13 et aujourd’hui j’ai fait 5,4 kms là où route directe en nécessitait deux.
Chacun ses petits désagréments.
Hier j’avais gravi une éminence de 55m, sans assistance ni oxygène, mais j’ai le sentiment d’avoir progressé ce jour.
Toujours autant de pièces d’eau, mais maintenant que j’ai retrouvé le chemin, je parcours de belles distances sur des chemins pavés. Si ce n’est pas déjà fait , il pourrait être créer ici un Paris Roubaix.
A l’occasion d’une petite pause, je fais la connaissance d’un local issu d’un groupe de quatre grands pères randonneurs. Il est venu me demander si je suivais la route de Jacob. Il m’a souhaité bonne route et est allé tout de suite relater cela ses copains.
ce fut une journée rurale et forestière , ensoleillée et venteuse globalement du nord ouest, qui ici et à cette saison , n’est pas très chaud.
Ce soir je dors dans un bungalow, taillé pour quatre. J’ai bien l’impression que le taux d’occupation en semaine en ce moment doit être très faible .
Demain une nouvelle s’ouvre et je vous la souhaite bien agréable.
Pierre
En avant , toute - Page 13
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Chorin
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Angermünde
Angermünde
L’hôtel du Parc et sa petite chambre était très bien et le petit déjeuner complètement dans la tradition. Mais j’ai beaucoup de mal à forcer ma nature et le personnel doit penser que je suis souffreteux en voyant le peu que j’avale , par rapport au standard d’ici.
Avant de partir je m’inquiète de mon timbre sur ma crédenciale. Je tente d’expliquer de quoi il s’agit, mais je vois qu’ici et pas que, le chemin est encore moins connu que la femme du soldat inconnu.
D’ailleurs j’ai constaté hier , en reprenant mes cartes que j’avais suivi en partie le chemin « officiel » et je n’avais vu aucune balise.
L’hôte du premier jour m’avait laissé entendre qu’après Berlin, ce serait beaucoup mieux…….
Comme j’avais compris que l’hébergement de ce soir serait en pleine nature, je me suis inquiété de nourritures terrestres pour éventuellement deux déjeuners et deux dîners. Comme par ailleurs je m’étais rendu compte que si j’avais bien préparé le câble d’alimentation de ma tablette, j’étais incapable de remettre la main dessus. Et un câble Apple..
Donc en quittant l’hôtel je regardais un peu à droite et à gauche , avec un espoir très relatif. Au fond d’une place moderne, j’avise une enseigne Kaufland. Je n’avais aucune idée de leur activité. . Je m’approche et constate que cela ressemble à un hypermarché . Je me dirige vers l’hôtesse d’accueil et lui montre le chargeur du téléphone. Elle me fait signe que oui , vers la gauche.
Sur place je trouve toutes sortes de matériels . Pour ce qui m’intéresse Apple a un accord avec Hema, entreprise que j’avais plutôt rangée dans le rayon « bimbeloterie « . J’ai essayé dès mon arrivée à la chambre , cela fonctionne !!!
Fini de courir les magasins ,passons aux choses sérieuses .
Faisons un sort à la raffinerie. Une autre a fait vivre ma famille et moi, surtout que celle que j’ai longée ce matin semblait bien gérer au sens environnemental
J’ai rapidement tourné le dos à l’usine en question et me suis engagé dans la campagne, largement dominée par la grande culture .
J’allais m’engager alors dans la terre des junkers, cette infime fraction de la population de cette partie de l’Europe, pas totalement intégrée dans la noblesse, mais immenses propriétaires terriens
Je venais d’en avoir une illustration dans la dimension des parcelles de terre, quand en arrivant dans Pinnow, j’ai pu en voir son pendant dans dans la taille des bâtiments agricoles , immense cour en forme de rectangle de plus de trois cents mètres de long , enserrée par deux corps de bâtiments où devait être logé outre l’ensemble du personnel, à l’époque fort nombreux, mais également les installations techniques nécessaires à une vie quasiment autonome ..Aujourd’hui, une grande partie de ces bâtiments, toujours en excellent état , malgré peut être deux cents ans d’existence, semble affecté à des activités de loisirs, équitation…
Le vent est aujourd’hui très fort et face à moi, j’apprécie les boqueteaux ou les petits villages .
Et il faut bien avoué que mon corps n’est pas vraiment rodé ou aguerri, ce qui a toujours rendu ces « premières semaines « difficiles . Vivement la seconde.
Si le relief est très modeste, la campagne est vallonnée et je suis impressionné par le nombres de grands oiseaux qui vivent par ici.
Des colonies de grues , de cygnes , d’oies parsèment les champs.
En fait de très nombreuses zones humides, allant de la petite mare en passant par des étangs voire de véritables lacs, comme j’ai pu en voir dans la phase d’atterrissage à Berlin, constellent le paysage, installant de multiples roselières favorables à la gent ailée.
Et j’ai même vue une cigogne déjà installée au sommet d’une cheminée industrielle, certainement hors d’usage.
Ce qui d’ailleurs m’interroge, car il me semble que des défenseurs des oiseaux ou des opposants aux éoliennes justifient leur position en disant que ces deux choses sont incompatibles. Vérité ici, ailleurs non.
Car ici ce ne sont pas des champs d’éoliennes, mais des forêts.
Je ne saurais vous dire la distance parcourue aujourd’hui, car j’ai coupé en deux à peu près , la première étape et j’en ai bricolée une autre.
Mais l’important c’est de poursuivre sud.sud .Ouest et qu’apriori j’ai fait la moitié de la distance Stettin-Berlin.
Je suis accueilli dans une petite maison à côté de celle des propriétaires, trois chambres, en pleine nature en lisière de forêt.
Mais j’ai bien fait de prévoir du fromage, du pain et dès bananes.
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Schwedt sur Oder
Schwedt sur Oder
Ce fut la journée de l’Oder.
L’hôte m’avait encouragé à passer par la campagne, l’hôtesse de prendre les rives de l’Oder.
Je quitte la maison sans avoir véritablement décidé qu’elle route empruntée, mais 100 mètres plus loin , je lis sur un panneau directionnel que la version par la rive est plus courte de trois kms. Peut être que dans 15 jours 10% de distance en plus ne me fera ni chaud ni froid, mais ce stade du parcours je choisis les trente kms.
Et franchement, je ne regrette rien.
Tout d’abord ,les plus anciens se souviennent ils que la frontière formée par l’Oder associé à la rivière Neisse marquait la volonté de Staline de repousser la frontière ouest de la Pologne et de détacher Stettin de l’Allemagne. Un des sous produits de Yalta, mais en sommes nous si loin?
Il faut aussi remarquer que cette partie de l’Europe manque cruellement de frontières naturelles sauf à utiliser les fleuves ou rivières à cet effet.
Donc à l’Est la province polonaise de Poméranie occidentale, à l’Ouest le Brandebourg allemand, le tout d’une grande platitude où le fleuve peine à marquer son lit. Cela forme une immense plaine au sol largement composé de sable amendé par des siècles de végétalisation comme nous en avons l’exemple avec les Landes.
Et ici aussi des dunes se sont formées sous l’effet du vent, accordant au paysage un minimum de relief.
Et donc j’ai longé le fleuve. En fait plus ou moins en fonction de la proximité des dunes , ce qui conduisait le chemin en forêt ou si celles ci étaient plus loin, je traversais alors une zone polderisée , juché sur une digue tentant de canaliser les envies d’errance du fleuve. Dans un cas ou dans l’autre loin de la civilisation.
L’hôtesse m’en avait un argument pour me convaincre de choisir cette version, j’ai pu admirer toutes sortes d’oiseaux aquatiques des connus ( de moi ) de très nombreuses oies, canards , grues, cygnes et d’autres…moins connus de moi.
Dans la partie forestière, n’ayant aperçu aucun animal, je ne suis concentré sur les arbres. Les tons cuivrés des troncs des grands pins , les aiguilles printanières des mélèzes, d’un vert tendre à souhait et dans les parties plus humides des bouleaux bien blancs.
Ce fut mon spectacle pendant vingt kms environ. Je n’avais vu aucun bateau, mais le balisage permettait de penser qu’un trafic était possible, en dépit des berges mouvantes et incertaines.
Puis je découvris le débouché d’un canal latéral, lui complètement en Allemagne.
A l’occasion du franchissement du canal, j’entame la conversation avec des cyclotouristes qui venaient en sens inverse. Nous échangeons sur nos différentes expériences et ils m’offrent du chocolat. Sympas les cyclistes allemandes.
Chacun repart vers son destin.
Et moi je me retrouve sur la digue avec à ma droite le canal qui tout d’un coup m’offre le spectacle d’un trafic actif, deux péniches dont l’une pouvait charger 1050 tonnes et deux bateaux de plaisance.
Sur ma gauche, le fleuve n’est plus qu’une immense roselière de probablement un ou deux kilomètres de large.
Mais c’est à partir de là que la progression a commencé à être un peu plus difficile, pas tant pour les jambes que pour les épaules et les reins, le sac y appuyant fortement et donc j’ai sollicité les bancs de rencontres.
Me restait plus qu’à trouver un hébergement. Pour votre complète information Schwedt possède sur son territoire un considérable usine de pâte à papier ainsi qu’un très belle raffinerie. La transformation des immeubles de l’époque Honecker en constructions visuellement acceptables a été réalisée .
Ceci dit , je mets en quête d’une chambre. Sur le trottoir j’avise une dame bien sous tous rapports et lui pose la question.
Pas de chance elle ne parle pas anglais, je lui sort mon trésor linguistique : zimmer ou éventuellement bett. Compte tenu de mes grands talents, elle me réponds : hôtel ou comme je fait un peu la moue elle continue avec: pension. Comme j’approuve cette proposition, elle m’indique de tourner au prochain feu à gauche.
Dès dans la rue , j’aperçois l’enseigne d’un hôtel, qui semble afficher deux étoiles. Ce n’est peut être pas le moment de faire la fine bouche.
Je me dirige vers la réception. J’exprime ma demande : 95€.
Je lui indique que je ne souhaite pas mettre autant, il me demande combien, je lui dit :moins . Et il me trouve une chambre single à 65€ ce qui me va bien.
Et cela me permet de faire ce compte rendu dans de bonnes conditions.